Tempora
facilityRennes, France
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Top-cited papers from Tempora
Depuis la découverte des grottes Cosquer, Chauvet, Cussac et La Garma, nous avons pris l’habitude de cavités inviolées, aux parois vierges de tout tracé non paléolithique. C’est oublier que de nombreuses autres grottes ornées, découvertes trop tôt ou toujours ouvertes, ont subi la visite ultérieure des hommes. Conséquence : des graffiti sans nombre. Bien souvent, ces traces modernes sont considérées comme des déchets, car elles gênent la lecture des tracés paléolithiques et les altèrent. Pourtant, les graffiti ont une certaine utilité. D’abord, ils permettent, lorsqu’ils sont datés, de se faire une idée des conditions d’accès à la grotte avant les aménagements touristiques. Mais surtout, ils offrent une occasion unique d’étudier les modes de fréquentation moderne d’une cavité dont la charge symbolique ne s’est pas éteinte avec la fin de la période glaciaire. Le phénomène «grotte ornée » pourrait être mieux compris, selon nous, si l’on appréhendait la fascination qu’à toutes les époques, le milieu souterrain a exercée. L’exemple de la grotte Margot, par ses premiers résultats, démontre que de nouvelles voies de recherches sont possibles. L’étude de cette cavité comporte plusieurs atouts : elle permet de conforter l’archéologie quant à la situation du sol paléolithique et aide à la compréhension des multiples aménagements réalisés par l’homme moderne dans le but d’en faciliter l’accès. Auxiliaires du préhistorien, la paléographie et l’épigraphie peuvent établir une estimation de la fréquentation de la grotte, salle par salle, indiquer quelles parties n’ont pas ou peu été visitées et expliquer ainsi des incohérences dans l’organisation même de la grotte, notamment en ce qui concerne le niveau du sol. Une telle étude permet également d’apercevoir les circonstances de la fréquentation de cette grotte au moins depuis le XVIIIe siècle. Qui a visité la grotte Margot par le passé ? Et quand ? sont les deux questions qu’une telle étude pose sans avoir la volonté, ni l’impossible permission d’y apporter une réponse précise et quantifiable. Enfin, comme à Niaux, l’identification de certains visiteurs permet d’établir un aperçu des rapports entretenus entre l’homme et les grottes, mais aussi d’apercevoir les motivations des personnes qui en ont arpenté les galeries. De façon surprenante, il est avéré que la fréquentation de la grotte ne fut pas continue dans le temps, mais concentrée sur trois périodes principales : les années 1830, moment de fréquentation le plus important, peut-être lié au développement de pèlerinages locaux, dans le contexte national d’un renouveau de l’intérêt pour les visites aux lieux saints ; les années 1860-1890, à mettre en rapport avec le développement de la recherche en Préhistoire ; les années 1920-1940, avec le regain d’intérêt suscité par la découverte de trois squelettes. Par ailleurs, la grotte connaît une grande vague d’aménagement dans les années 1920, pour finalement voir son électrification réalisée avant les années 1930. Les premiers résultats tendent à montrer une forte présence des visiteurs locaux mayennais ou sarthois, mais dès le xixe siècle, il a été possible de repérer des visiteurs plus éloignés, voire même des personnes expatriées à l’étranger. Une première étude patronymique permet pour l’instant de penser que la majorité des visiteurs réside dans les villages aux alentours de la grotte et dans la région. L’importance des signatures des années 1820 et 1830 montre clairement qu’à ce moment de l’Histoire, bon nombre de personnes savaient déjà signer avant même les grandes lois scolaires de J. Ferry des années 1880. Or, cette affirmation correspond tout à fait à l’orientation de l’historiographie actuelle sur ce sujet. Des historiens tentent ainsi de montrer que le rôle de la période des années 1820-1830 a été minimisé, en raison de l’image même que ces scientifiques ont ou avaient de cette période. Ce rapport à l’alphabétisation explique l’importance des lettres capitales et la présence de maladresses.
L’épuration a eu lieu en France dans un temps éminemment troublé, marqué par le basculement soudain de l’Occupation à la Libération. Si, sans conteste, l’été 1944 est l’été de tous les dangers, favorisant la confusion entre justice et vengeance, l’État reprend vite son droit et ses droits. L’épuration légale qu’il instaure, conçue pour toucher le plus grand nombre, devient dès lors un phénomène social d’ampleur. Il a concerné, sous différentes formes, près de 500 000 Françaises et Français. Très vite, il est pourtant apparu aux nouvelles autorités que l’épuration devait avoir des limites, et surtout un terme. Une dimension souvent sous-estimée qui a creusé un écart entre sanctions prononcées et sanctions subies. Dans ces pages, Marc Bergère montre combien l’épuration fut sans doute plus violente, plus profonde et plus durable qu’on ne l’a longtemps pensé.
Dès les années 1740, les nouvelles exigences de la cartographie et de la guerre demandent aux ingénieurs militaires de meilleures compétences en mathématiques théoriques. Les différentes visions des pratiques mathématiques deviennent centrales dans le conflit entre les deux corps institutionnalisés de cartographes militaires. Les ingénieurs du Génie, bénéficiant d’une formation plus structurée, sont en position dominante ; les ingénieurs Géographes comblent l’écart de préparation dès les années 1760, mais restent partisans d’une vision plus traditionnelle du cartographe militaire. En réalité, les pratiques mathématiques, diverses, appliquées aux travaux de terrain ou de cabinet, sont largement communes à ces deux groupes, qui surjouent leurs différences pour servir leurs objectifs dans le conflit.
En se référant aux Bonnets rouges de 1675, les Bonnets rouges de 2013 ont semblé faire de la Bretagne une éternelle terre de résistance et de contestation. Mais qu’en est-il vraiment ? La question sous-tend cet essai qui replace les fureurs armoricaines dans le paysage politique de la France d’Ancien Régime et fait le point sur la révolte des Bonnets rouges et du Papier timbré advenue sous Louis XIV en Bretagne et dans le Sud-Ouest. L’originalité des Bretons ne tient peut-être pas tant au fait de s’être révoltés qu’à l’existence d’une mémoire de la révolte qui nourrit et se nourrit d’un « mythe rébellionnaire breton » constitutif de l’identité bretonne. Mythe de la révolte qui vient ici éclairer la mise en perspective des Bonnets rouges de 2013 et des Gilets jaunes de 2018.
Cet article se penche sur un groupe d’épurés méconnu : les mineurs accusés de faits de collaboration à la Libération. Grâce à un corpus de 1 300 filles et garçons jugés dans six départements représentatifs de la France sous l’Occupation, l’objectif est d’examiner l’attitude des tribunaux de l’épuration à l’égard des mineurs durant une période où l’État cherche à éloigner les jeunes délinquants de droit commun du droit pénal. Alors que l’ordonnance du 2 février 1945 pose comme principe la primauté de la prévention sur la répression, les pratiques de la justice exceptionnelle de l’épuration s’alignent-elles sur celles de la justice ordinaire ? Pour répondre à cette question et après avoir présenté le visage des justiciables, on étudie successivement la répression judiciaire des jeunes, les faits qui leur sont reprochés et le décalage existant entre les peines prononcées et les peines réellement subies. Limitée au territoire français, l’étude invite enfin à une histoire connectée et transnationale des épurations des mineurs en Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
De manière incontestable, il existe un « moment Libération » dans le rapport que les femmes entretiennent avec la justice. Mais si cette séquence a pu être questionnée dans de nombreux départements, ce n’est pas le cas en Loire-Inférieure. La répartition par sexe des individus jugés par les tribunaux de l’épuration y demeurait donc jusqu’alors inconnue. Ceci est d’autant plus surprenant que, avec plus de 1 900 affaires et environ 1 850 personnes jugées, les tribunaux civils nantais sont ceux qui ont eu la plus grande activité parmi toutes les juridictions de la Bretagne aux cinq départements, dont les frontières épousent celles du ressort de la cour d’appel de Rennes. Cette réflexion est d’autant plus légitime qu’elle nous permet de dresser un bilan définitif de l’épuration judiciaire à l’aune du genre au sein de la Bretagne historique et de savoir si la Loire-Inférieure est un département breton comme un autre dans le rapport des femmes à la justice épuratoire. Pour répondre à ce questionnement, l’article est organisé autour de trois grands axes. Il replace tout d’abord les femmes dans l’ensemble du contentieux judiciaire de l’épuration, avant d’esquisser le portrait de groupe des femmes jugées et de terminer par l’étude des faits reprochés et des sanctions infligées.
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Le prieuré de la Ramée, dépendant de l’abbaye bénédictine d’Évron (Mayenne), a été fondé en 1211 par un seigneur local, Payen de Vaiges. Sa charte de fondation permet une étude précise, qui peut être mise en relation avec les travaux réalisés jusqu’à ce jour sur la question prieurale et révèle le caractère exemplaire de ce prieuré. Les conditions de la fondation, ainsi que l’organisation tant humaine que matérielle, ont pu être analysées. La Ramée apparaît clairement comme un véritable territoire de défrichement et une seigneurie foncière, économique et judiciaire. Mais, cette exemplarité reste relative, car la fondation de ce prieuré est tardive et des zones d’ombres subsistent, quant à la vie quotidienne des moines par exemple.
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D. Laurent et M. Nassiet ont affirme recemment, dans les ABPO (t. 123, 2016, no 2), retrouver la voix des revoltes cornouaillais de 1490 dans deux complaintes en langue bretonne (gwerziou). Le present article cherche a demontrer que ces chants ne peuvent sans doute pas etre rattaches a cet evenement. Il montre aussi que, comme les discours produits par les dominants, les « chants populaires » accommodent faits et interpretations a leur projet ideologique. Dans ce but, l'ensemble des sources utilisees pour etudier cette revolte fait l'objet d'une analyse critique, associee a l'exploitation d'un document anglais jusqu'ici neglige. Pour autant, ces deux chants ne sont pas sans interet, car ils portent un certain regard sur ces revoltes, dont il faut cerner la logique. Celle-ci apparait largement en decalage avec le contexte de la mobilisation de 1490 qui a pour cible prioritaire le fouage ducal et offre un cas particulierement precoce de revolte anti-fiscale rurale. La demarche des paysans plaide alors, contrairement a la vision des gwerziou, pour une indeniable politisation.
In the 1420s, the city of Rennes became a perpetual construction site. Most of the ducal finances were dedicated to the erection of the new walls for the Ville Neuve and the Nouvelle Ville. The walls have been regularly maintained until the Ligue wars and the loss of their defensive role. They progressively became part of the urban fabric. The city's shape has not changed much since the early Middle Ages. The medieval street plan, based on the Antic plan, remained the same until the great fire of 1720. The city was then rebuilt on a radically different plan, erasing the medieval parcels in some parts. This thesis aims to better understand the urban morphology and the construction of the city between the end of the ducal period and the urbanistic interventionism of Robelin and Gabriel. To do so, we will identify the actors involved in this urban fabric, questioning their role, in the social and material construct of the city. Our study will be diachronic and rely on a multidisciplinary approach. The results of the archeological surveys on the fortifications will be compared to the analysis of written documents (especially fiscal archives), plans and iconographies (an important collection can be found at the Musée de Bretagne). A close attention will be brought to the study of books of annuities, particularly from the year 1455. Those exceptional documents list, street by street, house by house, the owners and the size of their properties, allowing to get a sense of "intimate physiognomy" of Rennes and to recreate the shape of the city between the 15th and 18th centuries.
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Le règne de Philippe le Bel (1285-1314) constitue un jalon majeur de l’accroissement de l’autorité royale dans le royaume de France. Les progrès de la fiscalité royale et une présence de plus en plus visible d’agents du roi constituent des traits marquants de ce processus. La principauté bretonne n’y échappe pas, malgré les efforts du duc pour y étendre sa propre autorité. L’analyse de plusieurs types de sources (mandements royaux, arrêts du Parlement, enquêtes…) permet d’observer comment les Bretons s’opposent à l’intrusion du pouvoir royal dans la principauté bretonne. Si les formes de la contestation relevées sont variées et graduées, un ressort commun les anime : celui de la défense de leurs droits et libertés.
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L'agriculture, tout comme l'art ou les etudes historiques, permet aux clercs qui en font la promotion en grande erudition de faire passer des messages apostoliques, voire politiques. L'article s'interesse a un bulletin mensuel destine aux apiculteurs bretons, porte a bout de bras par l'abbe Remy Le Mee (1836-1920) qui en plus de donner de precieux conseils techniques, defend une societe conservatrice vent debout contre les mesures anticlericales de la Republique naissante.
Si l’histoire traditionnelle de l’heresie au Moyen Âge s’est longtemps confondue avec celle des exclus de la societe, l’approche recente se focalise davantage sur les diverses autorites qui, au cœur du pouvoir, elaborent l’orthodoxie : l’heresie n’existe que parce que l’orthodoxie en a d’abord decide. Cette enquete repose sur la conviction que c’est encore en se situant aux marges de l’heresie, au contact d’activites reprehensibles voisines, telles que l’usure, la sorcellerie ou encore la rebellion politique, que l’on peut le mieux saisir les principes et les mecanismes de la fabrique de l’heresie. [4e de couverture]
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